Nathalie : rester droite dans ses baskets

Elle a crée, il y a quelques années, le think tank Un Outre-mer d’avance. Mis en sommeil « parce qu’il n’y a que vingt-quatre heures dans une journée », il sera réactivé, cette année, avec un programme d’auditions d’experts transversal. Le but ? Rassembler des notes, des références, donner du sens, en vue de construire le projet le plus juste… Nathalie Fanfant fait de la politique comme d’autres écrivent, peignent, créent : par passion avant tout, consciencieusement surtout. Portrait d’une ambitieuse qui n’a pas dit son dernier mot.

Si tu devais te définir en trois mots, lesquels seraient-ils ?

Énergie. Bienveillance. Courage.

Qui es-tu ? Quel est ton parcours ? Quelle femme es-tu ?

Je suis une Martiniquaise, Parisienne depuis 33 ans, maman de trois grands enfants, une mamie que fait beaucoup de sport. J’ai une vie bien remplie, un parcours personnel, professionnel assez riche, éclectique, intéressant, selon moi.

Dans une première vie, j’ai travaillé dans le tourisme. J’ai toujours eu une foule d’activités associatives, culturelles et me suis engagée en politique, il y a un peu plus d’une quinzaine d’années. J’ai été candidate à plusieurs élections : les Municipales de 2008 suivies des Régionales en 2009. En 2011, je suis surprise d’être nommée secrétaire nationale de l’UMP en charge de l’Outre-mer. Lancée sur une trajectoire assez rapide, il faut bien l’avouer, j’ai été candidate aux élections législatives en 2012. En 2014, je suis élue conseillère municipale du 20ème arrondissement de Paris. En 2016, lorsque la métropole du Grand Paris est lancée, je suis devenue conseillère métropolitaine. Cela a été une très belle aventure

On s’engage en politique par sens de l’intérêt général mais surtout parce que l’on aime les gens. J’aime les gens. J’aime discuter avec les gens, rencontrer les gens, accompagner les gens. Je suis coach professionnelle. J’accompagne la prise de parole en public. C’est un métier que j’aime. Il est très enrichissant.

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Pourquoi avoir choisi Paris pour t’engager en politique ? Pourquoi t’être engagée à droite ?

Paris, tout simplement parce que j’y suis venue faire mes études et que je ne suis pas repartie. Mon engagement à droite est une histoire de rencontres.

J’ai rencontré, en marge d’un événement au Sénat, un député dont le collaborateur m’a mis en relation avec le responsable de l’UMP du 19ème arrondissement. J’y vivais. Nous nous sommes rencontrés le 31 janvier 2007. C’était un lundi. Le samedi, je distribuais mes premiers tracts.

Idéologiquement, je me retrouvais dans les valeurs de droite : la famille, le travail. Le discours des élus et personnalités engagées de gauche ne me convenait pas. En tant que femme noire, je me sentais n’être qu’un bon support marketing. C’était condescendant. Cela m’était insupportable. Je suis née, j’ai grandi en Martinique, je n’ai pas l’habitude d’être traitée de cette façon. Il m’était impossible de m’engager avec des personnes qui nous déconsidéraient à ce point.

J’ai rencontré une personne qui m’a convaincue de m’engager avec elle. Nous étions en pleine campagne électorale. Il y avait toute cette énergie. Tout le monde était motivé pour aller tracter, boîter, coller des affiches. Il y avait cet esprit de compagnonnage assez incroyable…
En campagne, l’équipe devient une seconde famille. Je m’y suis trouvée très bien. Je m’y trouve encore très bien.

S’il y avait une fierté et un regret en particulier à exprimer, lesquels seraient-ils ?

Une fierté : avoir été élue. Un regret : que ma mère ne l’ai pas vu.

Comment as-tu vécu les récents épisodes électoraux  ?

C’était un peu compliqué. Je voyais une France en colère se diriger vers les extrêmes. Il y avait de la colère mais au bout, il y avait de l’adhésion. Lorsque l’on regarde les scores de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen, ce n’est pas que de la colère. Nous sommes en démocratie, il faut accepter. Même si cela interpelle, chacun doit pouvoir suivre la ligne qui lui convient.

La difficulté qui m’est apparue, c’est que tout ce qui n’était pas extrême n’a pas su convaincre. Valérie Pécresse n’a pas su convaincre. Emmanuel Macron a convaincu par défaut plus que par adhésion. L’ancien n’a pas su se renouveler. Jean-Luc Mélenchon est entouré d’une équipe très jeune, très dynamique, capable d’assurer la relève. Il a utilisé des techniques extrêmement innovantes. Je pense à l’hologramme, notamment, à son usage des réseaux sociaux.

Dans le fond, à qui s’adressaient les partis dits traditionnels ? Quel était leur storytelling ?
Parler du travail, d’argent, de l’emploi, c’est très bien, mais tout cela est très conceptuel. Les Français attendaient qu’on les fassent rêver, que l’on construise un récit, une histoire enrichie de solutions. Le récit du parti Les Républicains n’était pas clair. Sans doute il y avait-il aussi un problème d’incarnation. Personne ne peut douter de ce que Valérie Pécresse soit extrêmement compétente. Mais, quelquefois, cela tient à peu de choses.

Et qu‘expriment les résultats de la Présidentielle en Outre-mer ?

Le message était très clair : vous ne nous considérez pas, on vous rejette.

Il y a une vraie difficulté, pour le gouvernement en place, à créer un lien avec l’Outre-mer. De l’ordre de celui que Jacques Chirac a créé en son temps, par exemple. L’argent est le nerf de la guerre, certes. Mais sortir le chéquier pour solutionner les problèmes, de façon pratique et pragmatique, sans empathie ? En Outre-mer, comme partout ailleurs en France, le lien semble difficile à créer. Et la considération ne doit pas être une option.

Et puis, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont travaillé leur sujet. Ils avaient un programme Outre-mer. A chacune de leur prise de parole, ils parlaient des Outre-mer. Ils parlent aux Outre-mer. Sans doute parce qu’ils disposent, dans leurs équipe respectives, de personnes qui connaissent vraiment l’Outre-mer, d’un transfuge du RPR de l’époque, pour ce qui concerne Marine Le Pen, d’ailleurs.

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Goût pour l’Histoire, curiosité autour du décès de la reine Élisabeth, intérêts médiatique, cinématographique pour les têtes couronnées : comment ressens-tu cette passion monarchique au sein de la République ? De quoi est-elle le nom ?

Tout le monde aime les rois et les princesses. Cela fait rêver. La reine Élisabeth est morte. Tout ce décorum est normal. Cela ne me choque pas du tout. C’était la reine d’Angleterre. Elle a régné 70 ans. A ce niveau de notoriété, toute cette attention est normale. Cela ne tardera pas à servir de scénario à Netflix. Ces temps-ci, Netflix ne devrait pas manquer d’idée de scénarii, d’ailleurs…

En politique, qu’est-ce qui, selon toi, fait la différence, la grandeur ?

Le leadership. Le charisme. Il y a des personnes qui en sont naturellement dotées. Cela ne s’achète pas. On l’a ou on ne l’a pas. Certaines personnes dégagent énormément d’énergie. Lucette Michaux-Chevry – on l’aime ou on ne l’aime pas – dégageait un charisme exceptionnel. Le charisme est le premier paramètre. Le second est la vision. La vision pour son territoire, la force avec laquelle on parvient à entraîner les autres vers cette vision, à l’incarner. Des circonstances concordantes. On peut être porté par un environnement. Mais ces circonstances s’organisent, elles se préparent. J’ai profité d’un concours de circonstances, bénéficier du soutien de personnes qui ont crues en moi mais je souhaitais surtout défendre des valeurs. La motivation enfin permet de sortir du lot.

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Yaël Selbonne, portrait précédent, journaliste-documentariste marie-galantaise, se positionne ainsi sur ce qu’il est coutume d’appeler en France, la question noire : ce n’est, selon elle, plus une question. L’important aujourd’hui lui semble l’ancrage territorial, l’ambition que l’on a pour son territoire. Qu’en penses-tu ?

Je suis assez d’accord avec elle.
La question noire ne devrait plus se poser. Puisque nous vivons en République, la République française qui plus est, au 21ème siècle, les questions raciales ne devraient plus se poser.
Il se trouve que pour certaines personnes, c’est un excellent sujet marketing.
J’entretiens des liens proches avec une association, Les entretiens de l’excellence. Les personnes viennent y partager leur parcours, sans distinction de genre, de culture ou d’origine. Ce sont des personnes déterminées, qui ont travaillées dur, dans un environnement souvent défavorable, qui ont fait des carrières exceptionnelles…
Je préfère regarder celles et ceux qui ont réussi, qui servent d’exemples à celles et ceux qui ont envie de réussir. Je préfère regarder celles et ceux qui ont des valeurs qu’ils exercent dans leur vie.
Les discriminations existent. Je crois cependant que certaines et certains suivent la voie de la facilité intellectuelle. Personnellement, je suis toujours très circonspecte face à celles et ceux qui l’affichent en étendard .

Quelle regard portes-tu sur le monde ? Le ‘monde d’après’ ? Ton pays ?

Nous vivons une époque où il faut observer tout ce qu’il se passe de très près.

Un monde s’effondre, un autre est en train de naître. Mais que fait-on pour ne pas se tromper ? Qu’est-ce qui est essentiel dans notre vie ? Je suis de plus en plus sensible au minimalisme. Peut-être cela vient-il du confinement. Sans doute nous a-t-il permis de faire le tri, de découvrir ce qui a vraiment de la valeur, de mieux l’apprécier.

La violence en Guadeloupe, en Martinique m’inquiète beaucoup. Tout le monde semble dépassé. Parallèlement, il y a cette vitalité, les traditions, une nouvelle offre culturelle et cette question statutaire qui se pose, se repose et se pose encore. Il faudra que la France y réponde. Parce qu’elle continuera de se poser.

La crise Covid a secoué la France. On a pris conscience que l’État est un géant au pied d’argile. On a pris conscience aussi de la force, de la compétence des élus locaux. Ils n’avaient pas forcément la main pourtant ce sont eux qui détenaient le savoir-faire. L’État a dû apprendre à compter avec eux, sur eux. Je pense que la question de la gouvernance, d’accorder plus de pouvoirs aux collectivités locales, va véritablement se poser.

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Quel(s) livre(s), œuvre(s) artistique(s), artiste(s) a/ont retenu ton attention, cette année ?

J’adore Basquiat. Quand on regarde ses photos, aujourd’hui encore, il est magnétique. C’est un personnage qui dégage une énergie folle. C’était un artiste engagé, conscient de qui il était, qui a partagé son engagement en même temps qu’il travaillait à construire une carrière pléthorique, qui a utilisé son art comme vecteur de cet engagement. Ces tableaux sont tellement électriques ! J’adore Basquiat !

Je lis énormément, ces temps-ci.

Alabama 1863, de Ludovic Manchette et Christian Niemec, est une pépite. Je l’ai lu en une journée. Il est excellent. Je le recommande. La définition du bonheur de Catherine Cusset est excellent aussi. Il se lit très bien : une fois ouvert, on ne peut plus le lâcher. Dans mon classement personnel, je les place à égalité. En ce moment, je lis Les déracinés de Catherine Bardon et La France sous nos yeux, de Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely. J’aimerais découvrir le dernier bouquin de Gerald Karsenti, un ouvrage sur le leadership qu’il enseigne à HEC. Il doit chercher, puiser les ressources en chacun, pour en tirer le meilleur. J’ai très envie de savoir…

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Qu’est ce qui t’inspire aujourd’hui ? Qu’est-ce qui te motive ? Quelles sont tes ambitions ?

J’ai la chance de rencontrer des personnes extraordinaires, avec qui cela se passe bien, avec lesquelles je m’enrichis un peu plus, chaque jour. Je m’éclate avec mes copines. Bien que je sois la seule à courir, nous avons décidé de mettre le sport au cœur de nos relations avec l’association Les entretiens de l’excellence. Nous nous sommes entraînées. C’est devenu un plaisir d’aller courir tous les samedis matin. Nous avons participé à la course La Parisienne ensemble, tout récemment. C’était ma huitième Parisienne. C’était la première course de leur vie. C’était génial d’arriver au bout ensemble, de partager ces moments de bonheur.

J’ai plein de groupes d’amis différents, des réseaux différents, parce que j’ai plein de goûts différents mais des joies simples. Tu reçois l’énergie que tu envoies.

L’intérêt général m’inspirera toujours. L’engagement politique aussi. Je n’ai pas forcément envie d’être réélue. Je l’ai déjà été. Je n’ai aucun problème, non plus, à rester dans l’ombre : cela ne demande pas moins de travail. Bien au contraire. Aujourd’hui, j’ai organisé ma vie de telle sorte que chaque chose dispose de sa place, de son temps. Travailler en cabinet implique des sacrifices comme passer moins de temps avec ma petite-fille. Cela n’est pas négociable. En tout cas, pour le moment. Je suis engagée auprès de Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France. Je l’accompagne sur les questions Outre-mer. J’aimerais lui proposer ma vision sur certains sujets.

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