Sandra – Communiquer un modèle de foi, de force, de résilience

Une double expérience en cabinets ministériels (Outre-mer et Industrie), un passage au sein du groupe Trace et le lancement de deux entreprises plus tard, Sandra Beau, communicante, raconte une carrière orientée par sa vie de maman longtemps en solo, par la foi, en Dieu, en l’avenir, en sa voix. Elle raconte ses engagements. Elle rappelle que le point de départ de toute réalisation réussie est l’audace, teintée d’une bonne dose de persévérance.

Y croire à 300%.
La réponse à l’incertitude, c’est le courage.

Si vous deviez vous définir en trois mots, lesquels seraient-ils ?

Courageuse. Le courage vient souvent avec un peu de folie.

Curieuse. Ce qui peut constituer un problème lorsque je m’intéresse à trop de choses à la fois.

Généreuse. J’adore les gens. Je suis bien avec les gens. Je suis bien avec les autres. J’adore rigoler même si je suis très nerveuse. C’est physiologique. Je bouillonne tout le temps. Cela frise parfois l’hyperactivité.

Je pense aussi à la couleur Corail. Elle est très symbolique. Elle symbolise la mixité, la diversité, la générosité, la spiritualité. C’est la couleur que j’ai choisie pour mes demoiselles d’honneurs, mes plus proches amies, pour mon mariage en 2015.

Mais…

Ce n’est pas un peu prétentieux, tous ces qualificatifs positifs ?

Au moment où j’ai lancé l’entreprise, je n’avais tout simplement pas le choix.

Quelle communicante êtes-vous ?

Méthodique. Très méthodique. Peut-être trop méthodique.

Je pense que le métier de communicant est extrêmement passionnant. Mais il est aussi très difficile. La com‘, c’est avant tout de la méthode. De la méthode et de l’organisation. C’est de l’écoute. Pour apporter la solution à une problématique, c’est une qualité essentielle. Parce que tout part de la collecte d’information, il faut être à l’écoute.

Mettre en place une stratégie de communication demande de la méthode. Ma formation initiale d’économètre y est sans doute pour quelque chose : j’ai besoin de structure.

Quelle a été l’expérience la plus marquante de votre carrière ?

L’expérience qui me vient à l’esprit, comme ça, c’est ce moment où l’on décide de monter une boîte. On décide. On y va. On connaît son offre. On connaît son réseau. Mais il faut quand même une petite part de folie pour créer sa boîte. Il faut accepter l’incertitude. Complètement.
Il ne faut pas avoir peur.
Il faut y croire à 300%.
La réponse à l’incertitude, c’est le courage. Et la foi. Ce qu’il reste, après toutes ces années, c’est cela : la création, l’incertitude, l’audace.

Après une vie comme la mienne, on a cent ans d’expérience et par conséquent de terreur »

George Sand, Elle et lui

Quand avez-vous décidé de lancer votre entreprise ? Quelles étaient alors vos motivations ?

Ma première entreprise s’appelait Overseas communication. Je l’ai créée en 1999. Notre expertise était la communication RH et le recrutement. Le marché était encore très dynamique. Il y avait alors, un peu comme ce que l’on retrouve maintenant, de belles perspectives. L’appellation Overseas était un clin d’œil aux Outre-mers…

Au moment où j’ai lancé cette entreprise, je n’avais tout simplement pas le choix. J’étais seule, avec mes deux garçons. Mon aîné avait deux ans. Mon cadet avait un an. Je devais les élever, seule. Travailler à mon compte me semblait l’unique option pour gagner suffisamment d’argent tout en étant autonome dans mon organisation. Il a, évidemment, fallu déployer une sacrée logistique – nounou en journée, nounou le soir – mais cela me permettait de rester disponible.

Sur Overseas, je me suis un associée et, plus tard, en 2005, nous avons décidé de vendre les actifs de la société. J’ai alors rejoint Trace, le groupe audiovisuel. J’y suis restée trois ans, en tant que directrice du développement, en charge des relations institutionnelles, notamment. J’ai adoré bosser à Trace, avec Olivier Laouchez. C’est une personne pleine d’audace, de créativité et d’énergie. J’ai choisi de la quitter – en tant que salariée mais nous avons continué de collaborer par la suite – pour créer ma seconde entreprise, 2éme acte. Toujours une question d’autonomie. C’était mieux pour moi. Nous étions fin 2008.

Travailler à mon compte me semblait l’unique option pour gagner suffisamment d’argent tout en étant autonome dans mon organisation

Au début il s’agissait d’un cabinet de communication stratégique et de gestion de crises. Nous avons travaillé pour des grands comptes et des institutionnels. Et puis, j’ai fait une pause d’environ deux ans, pour vivre cette aventure ministérielle. Elle m’a d’abord été proposée par George Pau Langevin, ministre des Outre-mer puis par Christophe Sirugue, qui reprenait le portefeuille d’Emmanuel Macron, à Bercy.

Là-bas, j’ai découvert le management de transition qui m’a complétement séduite. J’ai suivi une formation en 2017 et, depuis, j’interviens auprès de grandes entreprises qui ont des enjeux de transformation. C’est un métier passionnant.

2éme acte existe donc depuis 14 ans. Oh mon Dieu, 14 ans !

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Quels sont vos objectifs, aujourd’hui  ?

Professionnellement, je me suis bien amusée. J’ai eu la chance de disposer de clients intéressants rapidement. Comment tout cela va se traduire, je ne sais pas…

Je suis arrivée très jeune, à Paris. Ma famille était loin. Il me fallait survivre. Surtout lorsque je me suis retrouvée seule, avec mes deux enfants. Il a fallu imaginer un cadre, organiser une vie, répondre aux circonstances. Aujourd’hui, mes enfants sont diplômes – l’un est dans la finance, à Londres, l’autre prépare barreau. L’objectif ultime, c’est l’autonomie de mes enfants. Il me semble que nous sommes sur la bonne voie. J’aime à dire que je ne serai complètement rassurée que lorsqu’ils seront mariés !

Après toutes ces années, je réalise qu’il fallait probablement pas mal d’audace – ou de folie ! – pour prendre ces responsabilités.

Il me faut saluer mes amies aussi.
Elles ont grandement contribué à ma réussite. J’ai la chance d’en avoir de tous horizons, de toutes origines, d’être bien entourée. Lorsque l’on est une maman solo, comme je le suis restée longtemps, c’est fondamental. Sans mes amies, sans ma famille, je ne serai pas là où je suis aujourd’hui. Très clairement. En réalité, personne ne peut vivre sans amour.

La meilleure réponse à une injustice, c’est certainement l’élan collectif

Le mois #OctobreRose s’achève. Que représente-t-il pour vous ?

J’ai participé, avec Nathalie Fanfant et une autre amie sans doute aussi énergique qu’elle, au Triathlon des roses. C’était incroyable. Toutes ces femmes réunies pour parler de cette maladie qu’est le cancer du sein, cette mobilisation collective : c’était incroyable.

#OctobreRose, pour moi, c’est cela. Une expression de la force des femmes. La meilleure réponse à une injustice, c’est certainement l’élan collectif. Au Triathlon des roses, certains témoignages de femmes qui se sont battues, qui sont parvenues à vaincre cette maladie, étaient juste hallucinants. #OctobreRose est sans doute l’espace où la sororité s’illustre le mieux. C’est très puissant.

Il me revient à l’esprit l’exemple de deux amies qui, se sachant atteintes, ont crée leur propre bulle de guérison, tracé leur propre voie, chacune à sa manière, en réécrivant ce qui leur semblait fondamental dans leur vie respective. Leur point commun, c’est la force qu’elles y ont mis. De toutes les actions collectives, une espèce de transversalité émerge : c’est cette force. Cette maladie nous réunit, nous rappelle la force des femmes. C’est une espèce de solidarité productive.

Quels sont vos engagements ?

La cause des femmes et leur bonne représentation dans la société m’animent depuis toujours. Je m’intéresse aussi beaucoup à la recherche. Les combats sont – hélas – nombreux. S’il fallait n’en citer qu’un, ce serait celui contre la drépanocytose qui touche essentiellement les personnes noires. Cette maladie n’est pas très connue. On y retrouve la même injustice que le cancer du sein (ou tout autre maladie). Elle crée de terribles souffrances.

J’ai découvert, grâce une relation commune, un homme très engagé, Jeanne Chantal Bonhomme. Jeanne a écrit un livre très touchant sur son expérience de la maladie : « De la nuit à l’amour », un voyage mystique au cœur de la maladie. Elle est à la tête d’une association qui s’appelle La maison des Bien aimés qui accompagne les enfants atteints de drépanocytose au Togo.

Nous sommes de si étranges créatures, nous autres les femmes !
George Sand, Elle et lui

Quelle manifestation vous semble-t-il manquer ?

Il manque toujours d’initiatives pour rassembler les femmes.

Elles se multiplient – tant mieux – mais il en faudrait plus encore, donner plus d’élan à cette révolution qu’à constitué #MeToo. Qu’il existe encore tant de violences faites aux femmes en France, c’est inadmissible. Agir auprès des jeunes me semble absolument nécessaire ce, dès le plus jeune âge : expliquer que les coups, la violence, ce n’est pas admissible, qu’un niveau sonore trop élevé dans une maison, ce n’est pas possible, que le manque de respect envers leur maman, les filles en général, ce n’est pas acceptable.

L’égalité viendra de l’éducation, de la pédagogie.

Pour gommer tout approche négative, tout rapport négatif à la femme, pour gommer des années de contrôle sur les femmes, le chemin est encore long. Rien n’est acquis. Nous devons rester vigilantes. Les décisions, les sanctions ne sont pas à la hauteur de l’enjeu : reconnaître le mépris que certains hommes portent aux femmes doit véritablement devenir une priorité. Pas seulement dans les mots, les gestes mais dans les faits, sur le terrain.

Les violences faites aux femmes sont encore trop nombreuses dans notre pays. C’est inadmissible.

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Vous êtes Caribéenne d’origine. Cet espace, à l’instar du reste du monde, est en plein tumulte. Quels faits vous ont le plus marquée, cette année ?

La dégradation de la situation économique, sociale et politique en Haïti.

C’est très grave, ce qu’il s’y passe. Et, la couverture – infime – du drame qui s’y joue, laisse penser que le reste du monde fait l’autruche. Nous parlions de courage, tout à l’heure. Haïti est peuplée de personnes courageuses, résilientes. Les grandes nations, pourtant historiquement liées à Haïti, ne s’en préoccupent plus du tout. Il y a, certes, la conjoncture : la crise du Covid, sa gestion, la crise économique, renforcée par la guerre en Ukraine… mais nous vivons dans un monde où toutes les nations sont liées et ne peuvent s’ignorer.

Aujourd’hui, en Haïti, les gangs ont pris le pouvoir. C’est invivable. Le niveau d’insécurité est dramatique : vous prenez votre voiture le matin sans savoir si vous rentrerez le soir. La dégradation sociale et économique est inédite et personne ne s’en préoccupe.

Quelle relation entretenez-vous avec ce qu’il est coutume de nommer l’Outre-mer ?

Jusque très récemment, toute ma famille vivait en Haïti.

Ma mère vient de quitter le pays pour la Martinique, d’où elle est originaire, ma sœur pour Paris. Mon père et mon frère y résident. Mes enfants sont très attachés à Haïti et à la Martinique. Je ne suis pas retournée en Haïti depuis deux ans. C’est vraiment un pays magnifique. 27 fois la Martinique, 12 millions d’habitants, c’est plus que le Québec où vivent 8 millions de personnes, des plages, des paysages magnifiques, une culture très vive. Haïti, c’est l’île aux montagnes, avec beaucoup de points communs avec la Corse, l’île de beauté. Et puis, les gens sont d’une force ! C’est phénoménal…

Les inégalités rongent ce pays. Et, ces inégalités, aujourd’hui que tout le monde est connecté, plus ou moins informé de ce qui existe ailleurs, ne sont plus acceptables. Les inégalités sont la base de toutes les crises. Penser ces inégalités, en tenir compte est, désormais, incontournable. Pour rétablir l’ordre, les institutions, une tutelle étrangère, internationale, me semble aujourd’hui la seule solution. Parce que la nature a horreur du vide.

12 millions de personnes sans État, ce n’est pas possible. Sans une tutelle extérieure, la situation est, à mon sens, ingérable.

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J’ai adoré ce film. Il m’a bouleversée.
Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant dans ce film, c’est, une fois encore la force de chacune des femmes.


De la mère, qui veut, à tout prix, sauver ses filles de la misère, les protéger, quelles que soient les voies.


De Fréda qui lutte pour sa liberté d’être, d’esprit, pour sa survie. Elle est libre. Libre parce qu’elle accepte sa condition, son quotidien pour mieux les dépasser…

C’est vrai pour Fréda. C’est vrai pour nous toutes.

Ce film est tout simplement magnifique

Il y a -t-il une femme que vous admirez ? Pourquoi ?

Il y en a beaucoup.

J’adore Georges Sand. C’est la femme libre par excellence. J’ai aussi une grande admiration pour Simone Veil, son histoire, sa force, sa résilience, son engagement en faveur des femmes. J’ai eu la chance de la rencontrer. Je l’ai trouvé extraordinaire. D’une intelligence et d’une incroyable humilité.

Il y en a d’autres encore, des sportives, comme la navigatrice Ellen Mac Arthur,

Lorsque l’esprit humain, emporté par de grandes aspirations, a gravi certains sommets, pris de vertiges, il ne descend plus.

George Sand, Elle et lui

Le bonheur vous semble t-il plus une question, une affirmation, une obligation ou une injonction ?

Une aspiration.

On doit y croire, parce que tout le monde y a droit. Ce peut être une question de choix. Mais il n’y a pas que cela. La vie nous prouve chaque jour le contraire. Le bonheur est une aspiration.

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“Ma revendication en tant que femme, c’est que ma différence soit prise en compte ”
Simone Veil

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