Marthe – Entendre battre le cœur de La CLEF Saint-Germain

« La CLEF est un lieu de vie, de rencontres, d’expérimentations et d’échanges, ouvert sur le territoire, ses habitants et les artistes, amateurs comme professionnels ». Depuis plus de vingt ans, Marthe Lefebvre, responsable des affaires sociales, évolue au sein de cet espace culturel incontournable de Saint-Germain en Laye. Plus qu’une profession, elle raconte un coup de foudre, les adaptations au gré des crises, une passion qui ne s’est jamais démentie. Nadège Nez, collègue de longue date, référente sexisme, en charge de l’accompagnement des artistes, interagit, participe. La transversalité est au cœur du projet de La CLEF. De ce portrait aussi.

« Lorsque l’on rêve tout seul, ce n’est qu’un rêve. À plusieurs, c’est déjà la réalité »

Alain de Chamborant, président de La CLEF

Si tu devais te définir en trois mots, lesquels ce serait ?

Écoute. Rêve. Engagement.

Qu’est-ce qui se cache derrière ce mot, rêve ?

Parfois, je me prends à rêver d’un monde différent. Entre les aléas climatiques, les tensions sociales, la guerre à nos portes, je me prends à rêver que le monde soit meilleur pour mes enfants.

As-tu la sensation de porter ta pierre à l’édifice d’un monde meilleur en travaillant dans une structure telle que La CLEF Saint-Germain ?

C’est, en effet, la petite pierre que j’espère apporter.

Au travers de mon engagement auprès du personnel, de mes collègues. Être ici me donne la possibilité de participer, à mon niveau, au mieux-être des personnes qui m’entourent.

Comment est née ton histoire avec La CLEF Saint-Germain ?

Je suis arrivée à La CLEF à 23 ans. Un véritable coup de foudre !

Je me baladais à Saint-Germain, avec des amis et nous y sommes passés. C’était un mois de juin, je m’en rappelle encore… Je me suis dit, je leur ai dit : c’est ici que je veux travailler. Je suis littéralement tombée amoureuse du lieu.

À l’époque, je cherchais un petit boulot, pour payer mes études. Ils cherchaient une assistante. J’ai postulé. Le directeur de l’époque m’a demandé si je connaissais le fonctionnement d’une association. J’ai répondu par l’affirmative. Pour la petite histoire, de 7 à 17 ans, je faisais de la danse folklorique en Guadeloupe. J’étais membre de l’association culturelle sans savoir ce que cela signifiait vraiment.

Il me semblait qu’une réponse positive, ce jour-là, m’ouvrirait les portes de La CLEF. Ce fut le cas. J’ai postulé le jeudi. Le lendemain, le directeur m’informait que j’avais le poste. Je me rappelle avoir sauté de joie.

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Capture du site Internet de La Clef Saint-Germain

Depuis, comment a évolué votre histoire ?

J’ai donc commencé en tant qu’assistante.

Petit à petit, en menant mes études, d’opportunités en formation, au gré des événements personnels, j’ai évolué.

Aujourd’hui, je suis responsable des affaires sociales et de l’administration générale.

Lorsque des opportunités se créent à La CLEF, nous recherchons d’abord en interne. Si un profil correspond, nous l’accompagnons. J’ai eu la chance d’être accompagnée, de recevoir la confiance de ma direction et de mes collègues ce, depuis plus de 25 ans. Durant ce laps de temps, il n’y a pas eu de place pour la monotonie. Ce que j’aime ici, c’est que cela change tout le temps. Chaque saison est différente, des concerts aux adhérents. S’il y a peu de turn over dans l’équipe, la fidélité est globalement la norme. Même si cela aussi tend à changer.

Nadège Nez :
On en s’ennuie jamais, en effet. Chaque projet est différent. Ce qui me remplit, c’est le succès des artistes, lorsque ceux avec lesquels on travaille depuis longtemps sortent un projet dont ils sont fiers , qu’ils bénéficient d’une belle visibilité. Cela crée une émotion assez forte. On est contents de les avoir accompagnés. Nous sommes fiers de permettre à des personnes de s’exprimer, de proposer des projets magnifiques au monde.

Nadège Nez, chargée d’accompagnement et des actions culturelles, référente Sexisme, dans la salle d’exposition François Clouard qui « propose chaque année une dizaine d’expositions ».
Ici, l’exposition en cours de French Kate.

Justement, qu’est-ce que tu as vu changer dans ce monde associatif, singulièrement celui de la culture ?

La professionnalisation.

Avec le temps, tous les métiers se sont professionnalisés. Il y a de plus en plus de normes à respecter. Le recrutement est plus cadré, aujourd’hui. Il y a des côtés positifs et négatifs à ce nouvel état de fait. Le positif, c’est le caractère immédiatement opérationnel des équipes. Le négatif, c’est la perte de spontanéité.

Nadège :

La professionnalisation, c’est très bien. Certains projets sont fléchés mais ne faut pas que tous le soient, tout écrire à l’avance, cependant. Nous avons besoin de temps, de discussions et d’échanges, à la marge, pour pouvoir créer des projets qui n’entrent pas dans des cases.
Sinon, on peut vite exclure beaucoup de personnes.
Pour le moment, la pluridisciplinarité de La CLEF en limite les effets.

Medusa Tn, rappeuse, artiste accompagnée, en concert à La Clef en août 2020.
Lire son portrait.

Le personnel semble très féminin. Est-ce une réalité ?

Nous sommes proches de la parité dans l’équipe des salariés. C’est en tout cas ce que confirme un récente étude menée au sein du personnel. Et nous veillons à cette parité, à une représentativité égale, même dans les métiers techniques. On s’interroge, on réfléchit beaucoup à ces questions.

Nadège :
Nous essayons au maximum de soutenir la mixité.
Il n’y a que 10% de femmes professionnelles dans la musique. La mixité est réelle jusqu’à 18 ans, dans nos cours de musique. Ensuite, elle disparait, petit à petit. Nous avons décidé la mise en place de temps de réflexion, pour déterminer à quel endroit nous « perdons » les filles.

Tout le réseau est engagé sur ce sujet qui est, d’ailleurs, devenu un sujet national. Nous sommes en train de créer une marche exploratoire, au sein de la structure, pour repérer les endroits qui ne conviendraient pas aux femmes, pour comprendre ce qui complique, ce qui les empêchent de s’engager dans une carrière professionnelle. Un webinaire est prévu le 15 décembre.

Dès janvier 2023, le sujet intégrera La Semaine décloisonnée.
C’est une semaine durant laquelle nous discutons de toutes les questions qui nous intéressent, tous postes confondus.
La parité est un sujet que nous devrions aborder.

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Le palier, espace d’exposition « destiné avant tout aux adhérents arts plastiques.
Il leur leur permet d’avoir une première expérience d’exposition personnelle ou collective

Comment vit l’association ? Comment fonctionne-t-elle ?

L’équipe est composée de 75 personnes.

25 postes sont des permanents. Tous les autres sont des professeurs qui interviennent ici et ailleurs, qui assurent de deux à vingt heures de cours dans notre structure.

Mon employeur est le Conseil d’administration de La CLEF, constitué de 21 membres, intégralement bénévoles. Comme pour toute autre association, ce sont les bénévoles qui la porte. Comme l’indique le guide qui leur est dédié « Tout adhérent peut agir en tant que bénévole, c’est-à-dire mettre son temps et ses compétences au service de La CLEF ». Il y a énormément de bénévoles sur la partie concert, par exemple. De la restauration à la gestion des loges ou des artistes, on ne pourrait pas faire sans eux.

À vrai dire, il y a suffisamment de travail pour doubler tous les postes. Sans le soutien des bénévoles, l’action serait très compliquée. Les structures comme les nôtres ne disposent pas de gros moyens.

D’où viennent les financements ?

De subventions de la Ville de St Germain en Laye, de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles – Ministère de la Culture), du CNM (Centre National de la Musique), de la Région Île-de-France, majoritairement.

Le modèle économique de La CLEF est un peu particulier. Les adhésions et les cotisations pour les activités permettent un autofinancement à hauteur de 60%, environ. Cela ne retire rien aux complications. Durant la période Covid par exemple, générer des entrées d’argent a été très compliqué. Mais cette partie incombe plus au directeur général, Franck Michaut.
Ma tâche est plutôt centrée sur les affaires sociales, les missions RH.

En la matière, en matière de relation au sein du personnel, quel est ta priorité ?

Le bien-être et la qualité des conditions d’activité des salariés, de façon à améliorer la manière dont ils vivent leur travail, à maintenir une certaine motivation d’équipe.

Le rapport à la structure évolue, ici, comme ailleurs. Les plus jeunes ne cherchent pas forcément à faire une carrière longue comme les générations précédentes. C’est une donnée à prendre en compte dans la gestion des équipes. Nous devons y être préparés.

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Marthe avec Françoise Dos Santos, son assistante

Comment améliore-t-on la vie des équipes, des collaborateurs ?

En leur apportant écoute et attention, en mettant en place des temps d’échanges, des moments conviviaux, en prenant en compte leurs difficultés. Les gens ont besoin d’échanger les uns avec les autres.

Être à La CLEF depuis si longtemps m’a permis de voir évoluer mes collègues, de mieux les connaître, d’être attentive à leur demande. La plupart osent donc venir me voir quand ils rencontrent des difficultés. Je n’ai pas forcément toujours la solution mais je prends le temps d’écouter.

Cela me semble une nécessité absolue..

C’est dense tout ce qu’il se passe, ici. Et on a de moins en moins de temps malheureusement. Nous sommes donc obligés de déterminer des priorités. Parfois, les impondérables poussent à reporter au lendemain des échanges qui n’en sont pas moins essentiels.

Avoir les moyens de donner du temps à chacun, ce serait l’idéal.

Existe-t-il une gestion du personnel spécifique au milieu de la culture  ?

Il y a des problématiques ici que l’on retrouve partout, dans toutes les PME. Il y a les spécificités qui tiennent à la culture, aux structures telles que La CLEF, singulièrement.

Les personnes qui travaillent ici sont des passionnées. Elles recherchent plus qu’une grosse rémunération. Il y a une réelle attente d’autre chose. C’est en cela que réside la spécificité du secteur. Une autre particularité se situe dans la transversalité des actions, des fonctions, de l’activité. Elle apporte de la richesse à leur emploi.

Dans un lieu comme celui-ci, il y a tellement à faire et à partager ! Et la transversalité est au cœur du projet de La CLEF.

Nadège :
Cela fait 20 ans que je côtoie la structure – j’ai commencé par un stage en communication. Cela fait six ans que j’y suis salariée. Cela fait donc 20 ans que je connais Marthe.

Son métier a beaucoup évolué. Elle discute surtout des questions RH, des problématiques quotidiennes. C’est une sorte de facilitatrice, qui fait en sorte que l’on soit bien, que l’on se sente bien au sein de la structure.

L’accompagnement des artistes prend énormément de temps. Marthe m’aide beaucoup sur la partie contrat, notamment. Je m’occupe de la partie structurelle (développement de carrière, montage d’association, stratégie de communication, stratégie de montage de résidence…). Elle s’occupe de la gestion des contrats au régime général. Une autre collègue s’occupe des contrats des intermittents.

Au fil des années, Marthe est devenue proche de certains artistes également.

Je n’ai plus besoin de faire le lien. Ils savent où est son bureau. Ils peuvent la solliciter directement. Elle aplanit les questions de paie, crée le lien avec les institutions.

La période du Covid ayant beaucoup affecté notre secteur, beaucoup d’artistes ont été affectés, tant dans leur vie personnelle que professionnelle. Marthe a été d’une grande aide. Elle a été un tampon pour absorber les chocs, pour qu’ils se sentent mieux, que leur journée se passe au mieux.

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Marthe Lefebvre

C’est la petite pierre que j’espère apporter.

Au travers de mon engagement auprès du personnel, de mes collègues.
Être ici me donne la possibilité de participer, à mon niveau, au mieux-être des personnes qui m’entourent…

La CLEF
Culture, loisirs et formation

La CLEF est une structure pluriactivités et multigénérationnelle.
Avec plus d’une cinquantaine d’activités (multimédia, danse, théâtre, musique, arts plastiques, sport/bien-être, écriture, langues…), elle permet à chacun de s’épanouir et cultiver ses passions dans le cadre d’une pédagogie basée sur le collectif, la pratique, la diffusion et, bien sûr, le plaisir.
Les adhérents sont invités, dans le cadre de projets liés à leurs activités, à participer à des rencontres, des regroupements, des décloisonnements, des productions interdisciplinaires…

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